Publicité Sauvage a 25 ans – L’interview

Publicité Sauvage est une organisation très connue à Montréal. Malheureusement pour nous, jeunes frenchies, le concept n’a jamais traversé l’Atlantique ! En effet, Publicité Sauvage est un concept unique en son genre, un vrai modèle et une source d’inspiration pour toutes les agences de com.

En 25 ans (et demi), cette organisation a littéralement façonné le paysage graphique montréalais. On compte plus de 40 000 affiches squattant les murs défraichis, les palissades de chantiers…tout ça grâce à son fondateur Baudoin Wart.

Au début des 80’s, le milieu culturel underground montréalais est en plein effervescence. Baudoin Wart s’improvise colleur d’affiches illégales pour ses amis artistes. Très vite, le concept fait mouche chez les artistes et Baudoin est sans cesse sollicité pour placarder ses affiches dans la ville. Jouant sans cesse à cache-cache avec la police, il inonde le centre ville de Montréal dans un Québec alors en récession.

En 1994, il gagne son combat judiciaire et l’affichage sauvage devient légal… C’est le début d’une nouvelle ère. Fort de son succès, Publicité Sauvage développe une branche commerciale et propose alors de faire la promotion aussi bien d’événements culturels que de certaines marques.

Cette année pour fêter ses 25 ans, l’entreprise organise, non pas une, mais quinze expositions proposant une rétrospective de son travail. Baudoin Wart ayant conservé l’intégralité des œuvres réalisées, il a sélectionné 700 affiches parmi les 40 000 placardées.

Au delà du succès de cette organisation, MixYourCom admire la démarche de cet homme qui, refusant de rentrer dans un moule, a proposé son alternative en menant un réel combat, pour obtenir gain de cause.

Un vrai bel exemple qui devrait être suivi par beaucoup de villes en Europe pour changer le paysage publicitaire souvent agressif.

Isabelle Jalbert sa collaboratrice a accepté de répondre à quelques questions pour MixYourCom :

Depuis combien de temps Publicité Sauvage existe et à votre connaissance existe-t-il des équivalents dans le monde?

Premiers contrats d’affichage du fondateur Baudoin Wart début des années 80, enregistrement du nom en 1987 (ce qui fait 25 ans cette année). À notre connaissance aucun équivalent à l’exception de la cie Distribution Affiche-Tout à Québec (Canada) avec lesquels nous travaillons régulièrement, qui existe depuis aussi longtemps, mais dont les activités équivalent à seulement 10% des nôtres.

Publicité Sauvage est avant tout un groupe d’artistes qui fait de l’art pour des événements culturels. A quel moment avez-vous décidé de développer une branche commerciale et pourquoi?

PS a été fondé par un artiste et embauche beaucoup d’artistes, mais ce n’est pas un groupe d’artistes à proprement parler. Après avoir travaillé pour une troupe de danse montréalaise (La la la Human steps) au début des années 80’ pour laquelle il avait tenté l’affichage (avec grand succès), plusieurs artistes lui ont demandé de faire de même pour annoncer leurs événements et de fil en aiguille PS est né.

Aujourd’hui quelle part représente vos activités commerciales dans l’entité Publicité Sauvage ?

L’affichage est une activité commerciale et nous sommes une entreprise à but lucratif non-subventionnée. Cela représente donc 100% de nos activités à l’exception de cette année 2012, pendant laquelle nous organisons 15 différentes expositions d’affiches, un colloque sur l’affiche comme patrimoine et la publication d’un livre couleur de plus de 300 pages pour notre 25è anniversaire.

L’affichage que nous proposons s’adresse d’abord aux opérations culturelles et aux artistes avec une grille tarifaire en conséquence, nous offrons aussi nos services aux produits commerciaux pour un maximum de 15% de nos surfaces afin de respecter notre mission culturelle.

Avez-vous constaté une augmentation des demandes pour ce type de communication ?

De façon constante depuis les débuts.

Votre travail semble être avant tout le fruit d’une passion débordante pour l’art et en particulier le street art. On peut se demander si le travail ne prend pas le pas sur la passion au risque de la pervertir. Comment trouve-t-on son équilibre pour ne pas être victime de l’overdose ?

Aussi drôle que cela puisse paraître, nous sommes tous ici un peu réfractaires à la pub. Mais faire de la pub pour l’art et la culture est une mission à laquelle nous croyons et qui nous apparaît travailler dans le sens du bien-être de la collectivité. Notre équilibre (du moins le mien) sera donc préservé tant que nous serons fidèles à notre mission.

Pour vous la partie commerciale de Publicité Sauvage c’est : L’art au service de la publicité ou bien la publicité au service de l’art ?

Trop drôle ! J’ai justement remarqué ce slogan (L’art au service de la pub) sur le site d’un compagnie d’affichage résolument commerciale de Montréal à propos d’un de leurs services qui propose de contourner la réglementation municipale interdisant la publicité sur certains édifices en faisant des extensions de type mural sur le mur situé derrière un panneau grand format (10×20 pieds, je ne sais pas en mètres). Question que la pub soit plus grosse, mais sans que le nom du client ne se retrouve sur le-dit mur. Bref, à notre sens, c’est exactement l’inverse. Nous souhaitons que la pub soit au service de l’art. D’ailleurs les 15% de campagnes commerciales que nous vendons, à une carte tarifaire beaucoup plus élevée que pour les obnl (et cependant toujours très accessible pour ces corporations), nous permet de préserver des tarifs abordables pour nos clients culturels.

En voyant vos travaux, la première impression qui me vient est : « rendre l’art et la culture accessible à tous et pour tous ». Est-ce la finalité de votre démarche ?

Tout à fait, stimuler la curiosité pour la culture, permettre aux artistes de remplir leurs salles, vendre leurs disques, leurs livres etc. et faire tourner la roue de la culture. C’est notre grain de sel pour la survie de la culture francophone en Amérique.

On constate une explosion du street art depuis 10 ans. Êtes-vous d’accord avec ce constat ? Que pensez-vous de cet engouement ?

C’est super, les villes sont souvent bien ternes, un peu de couleur et de créativité ne peut que faire du bien à tout le monde.

Les communautés qui se forment autour du street art (par exemple le site Fatcap) sont souvent beaucoup plus fédératrices. Comment expliques-tu le fait que ces communautés soient si soudées ?

Embêtant, je risque une explication. L’art de rue a ce côté un peu délinquant (quoique ce que nous faisons est parfaitement légal ici) qui plaît aux jeunes et particulièrement aux artistes qui aiment briser les conventions et faire réagir. Dans ce contexte, une passion commune est une certaine émulation probablement.

Selon vous, pourquoi des publicitaires misent sur ces communautés pour fidéliser les consommateurs à une marque ?

Pour se démarquer et assurer une relève à la marque en question.

Selon notre analyse, votre organisation apparait aujourd’hui comme un véritable vecteur de communauté. En avez-vous conscience ?

Nous faisons partie intégrante du paysage culturel montréalais et l’habitude est bien encrée de consulter l’affichage comme un calendrier culturel perpétuel.

Selon vous est-ce un argument commercial qui valorise votre démarche ?

Pour les produits/événements qui s’identifient à la clientèle qui est à l’affût des activités culturelles via notre affichage, certainement.

Sur votre site on peut remarquer que vous avez réalisé plusieurs campagnes pour des marques très connus. Quelles sont vos plus-values sur le marché de la pub ?

Extraordinaire flexibilité, coût des plus accessibles, suivi rigoureux, multiplication du message dans la ville.

Comment définissez-vous le lifestyle ?

Ici on dit plus volontiers mode de vie : la manière de vivre, les valeurs. À mon avis, au Québec, l’expression anglaise lifestyle donne une connotation mode, tendance, « in » qui a été repêchée par le marketing et détournée en arguments de vente. Chez vous les perceptions sont peut-être différentes.

Quelle est l’influence des valeurs du Lifestyle sur l’image d’une entreprise ?

Un beau lifestyle monté de toutes pièces et bien spinné par des professionnels peut masquer bien des horreurs. Je me désole de le dire, mais je pense qu’une majorité ne voit rien des ficelles que tirent ces entreprises et se laisse berner. Un lifestyle authentique est un placement à long terme et le public aura tendance à donner une chance à une entreprise qui a un lifestyle qui ne correspond pas à ce qui a ébranlé sa réputation.

Comment voyez-vous l’évolution de votre travail pour assurer la pérennité de votre activité ?

L’affichage est un média de proximité encore extraordinairement efficace. Nous nous employons à développer un pont avec les technologies mobiles qui servira le milieu culturel.

 

 

Un grand merci à Isabelle Jalbert !

Pour retrouver Publicité Sauvage: site officiel, facebook, twitter

A Propos de : Benoît Larguier

Hédoniste dans l’âme, il contemple le monde au bord de sa terrasse. C’est avec un oeil avisé qu’il sait repérer les perles dans le flux d’informations incessant. Doué d’un sens du contact hors norme, il est de ces personnes qui vous font passer de bons moments. Mesdames, mesdemoiselles … messieurs, Benoît dit Boubou.

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